Aboubakar Ousmane Mey demande la légalisation du RENA
© Camer.be : Paul Moutila | 03 sept. 2026 20:09:42 | 2438Aboubakar Ousmane Mey, opposant et figure du Grand-Nord, a déposé une demande de légalisation du RENA. Le MINAT d'Atanga Nji va-t-il l'approuver ?
L'opposant Aboubakar Ousmane Mey, ancien détenu politique et frère du ministre de l'Économie, a déposé une demande de légalisation du « Rendez-Vous National » (RENA) auprès du MINAT, défiant directement Paul Atanga Nji, son ennemi juré.
Aboubakar Ousmane Mey a déposé une demande de légalisation. Le nom de son parti ? Rendez-Vous National RENA. Et le destinataire ? Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji. L'homme qui l'a fait arrêter en pleine campagne présidentielle.
Le dossier est sur le bureau du MINAT. La réponse est attendue. Mais l'affaire est bien plus qu'une simple procédure administrative : c'est un bras de fer entre deux hommes que tout oppose.
Un dossier déposé en bonne et due forme
La demande de légalisation du RENA a été déposée le 25 juillet 2026, par l'intermédiaire du gouverneur de la région du Centre. Le parti a été fondé lors d'une réunion constitutive tenue à Yaoundé. Le bureau exécutif est composé d'Aboubakar Ousmane Mey (président, écrivain), Hamadou Aboubakar (secrétaire général, économiste) et Teteo Gilbert Ndzidama (trésorier).
Le dossier est accompagné de toutes les pièces requises : extraits de casier judiciaire des dirigeants, procès-verbal de création, statuts, engagement écrit avec signature légalisée, mémorandum sur le projet de société et plan de localisation du siège. Rien n'a été laissé au hasard.
Un opposant que le régime voulait réduire au silence
À six jours de l'élection présidentielle d'octobre 2025, Aboubakar Ousmane Mey a été arrêté à Garoua, chef-lieu de la région du Nord. Accusé de « tenue de manifestation illégale » et d'« incitation à la révolte », il a été placé en détention administrative.
Plusieurs partis d'opposition ont crié au scandale. L'UNDP, le MRC et le PURS ont réclamé sa libération immédiate. Il a finalement retrouvé sa liberté le 21 novembre 2025.
Mais Mey n'a pas plié. Il a attendu. Observé. Réfléchi. Aujourd'hui, il revient avec un parti politique entier.
Un héritage familial à double tranchant
Aboubakar Ousmane Mey est un personnage complexe. Fils d'Abba Ousmane Mey, ancien gouverneur et proche du président Ahidjo, il est aussi le frère du ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey.
Pendant que son frère siège au gouvernement de Paul Biya, lui s'est positionné en opposant déterminé. Il multiplie les prises de parole sur les plateaux de télévision, alertant sur la marginalisation du Grand-Nord et dénonçant ce qu'il appelle « un diagramme de paralysie » orchestré par le pouvoir.
Le combat pour le retour de la dépouille d'Ahidjo
Ce qui rend Aboubakar Ousmane Mey particulièrement dangereux aux yeux du régime, c'est son engagement continu pour la réhabilitation de la mémoire du président Ahmadou Ahidjo.
Il milite pour le retour de la dépouille du premier président camerounais, enterré à Dakar au Sénégal. Une demande perçue par certains comme une remise en question indirecte du récit historique établi depuis 1982.
Un sujet qui « fait paniquer le régime », comme le soulignent les observateurs.
« La bête noire d'Atanga Nji »
La relation entre Aboubakar Ousmane Mey et Paul Atanga Nji est explosive. En juin 2025, Mey a été enlevé par des hommes en tenue, après une enquête ordonnée par le ministre, qui l'accusait « d'appel à l'insurrection ».
Cette procédure faisait suite à une sortie virulente de l'homme politique sur Equinoxe TV, où il affirmait avoir pour projet de « faire tomber le régime Biya », ajoutant que le plan était « réalisé à 80 % ».
Aujourd'hui, c'est le même Atanga Nji qui doit se prononcer sur la légalisation du RENA. La réponse du MINAT est attendue avec une attention particulière.
Un parti pour peser dans la bataille de 2027
La stratégie d'Aboubakar Ousmane Mey est claire : partir du Grand-Nord comme socle, mobiliser ses quelque 4,5 millions d'électeurs, puis rayonner vers le reste du pays. Non pas par des alliances qu'il juge « infructueuses », mais par des collaborations sélectives avec des acteurs partageant une vision commune.
La question qui se pose est simple : dans un pays où plus de 300 partis politiques sont recensés et où le RDPC tient les rênes du pouvoir depuis plus de quatre décennies, un nouveau parti peut-il réellement peser ?
Mey, lui, n'en doute pas. « *Le bateau prend l'eau de toutes parts* », confie-t-il en privé.
Que va décider le MINAT ?
La réponse du MINAT est désormais attendue. L'homme politique, qui a déjà eu maille à partir avec Atanga Nji, pourrait voir sa demande rejetée ou au contraire, obtenir la légalisation de son parti, ce qui constituerait un nouveau chapitre de son combat politique.
Dans un contexte où le MINAT est accusé d'ingérence sélective dans les affaires des partis politiques, la décision sur le RENA sera scrutée de près. Un refus pourrait être interprété comme une tentative d'étouffer l'opposition. Une approbation, comme un aveu de faiblesse du régime face à un opposant qu'il n'a pas réussi à réduire au silence.
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