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ECONOMIE

Fitch dégrade le Cameroun, les eurobonds explosent à 10,65 %

Fitch dégrade la note du Cameroun de B à B-. Eurobonds à 10,65 %, besoins de financement à 7,3 % du PIB : ce que cette décision change pour le pays.

En dégradant la note souveraine du Cameroun de B à B-, Fitch ne sanctionne pas seulement des chiffres : l’agence pointe une incertitude politique que le pays n’a pas encore résolue.

Le 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Cameroun. De B à B-. Une décision qui n’a rien d’anecdotique. Trois jours plus tard, le rendement de l’eurobond 2033 atteignait 10,65 %, un record. Derrière ce chiffre, il y a une réalité simple : le Cameroun va payer plus cher pour emprunter. Et l’agence de notation le dit sans détour : la succession de Paul Biya et l’assèchement du marché régional pèsent lourd.

Ce que Fitch a exactement décidé

Le vendredi 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé la note de défaut émetteur à long terme du Cameroun. Elle passe de « B » à « B- », avec une perspective stable. La note en monnaie locale a subi le même recul. Le plafond pays a été ramené de « B+ » à « B ». Dans le langage des agences, cela signifie que la perception du risque de crédit du Cameroun s’est aggravée. Le pays reste dans la catégorie spéculative. Mais il descend d’un cran.

La perspective stable signifie que Fitch ne prévoit pas, à court terme, une nouvelle dégradation. Ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est simplement l’absence de mauvaise nouvelle supplémentaire.

Le premier facteur : la succession de Biya

Fitch le dit noir sur blanc. L’incertitude entourant la succession du président Paul Biya est le premier motif de la dégradation. Âgé de 93 ans, réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, le chef de l’État n’a toujours pas désigné de successeur clairement identifié. Le poste de vice-président, créé par la réforme constitutionnelle d’avril 2026, reste vacant.

Pour Fitch, cette absence de visibilité accroît le risque d’une transition politique désordonnée. Une transition qui pourrait perturber la continuité des politiques publiques et fragiliser la confiance des investisseurs. L’agence note aussi que les indicateurs de gouvernance du Cameroun restent inférieurs à ceux de pays comparables. Le pays figure parmi les États fragiles ou affectés par des conflits, selon le FMI et la Banque mondiale.

Le deuxième facteur : le financement sous tension

Les besoins bruts de financement de l’État camerounais devraient atteindre 7,3 % du PIB en 2026. C’est plus que les 5 % de 2025. Fitch prévoit un retour à 6,5 % en 2027. Pourquoi cette hausse ? Parce que le Cameroun n’a pas conclu de nouveau programme avec le Fonds monétaire international après l’expiration du précédent en juillet 2025. Et l’agence n’en prévoit pas sur son horizon de projection.

Résultat : Yaoundé se tourne de plus en plus vers les emprunts commerciaux extérieurs. Sauf que le marché régional de la CEMAC se referme. L’exposition des banques de la zone aux dettes souveraines est passée de 10 % de leurs actifs en 2015 à environ 30 % en 2025. Cette concentration limite leur capacité à absorber de nouvelles émissions de titres publics. La demande lors des adjudications s’affaiblit. Et le marché secondaire reste peu profond, ce qui réduit les possibilités de revente avant échéance.

Ce que cela coûte, concrètement

Le rendement de l’eurobond camerounais arrivant à échéance en 2033 a atteint 10,65 % le 19 octobre. C’est un record. Le rendement de l’obligation 2031 est monté à 10 %. Sur quatre séances consécutives, les taux n’ont cessé de grimper. Depuis le début du mois d’octobre, les obligations camerounaises ont perdu près de 3 % pour les investisseurs, ce qui en fait les moins performantes des dettes souveraines africaines sur la période.

Le Cameroun prévoit de lever 300 millions de dollars supplémentaires en réouvrant son eurobond 2033, qui porte un coupon de 8,875 %. Mais avec des rendements à 10,65 %, le coût de ce financement augmente mécaniquement. Le pays a environ 1,7 milliard de dollars d’obligations en devises en circulation, entre les échéances 2031 et 2033.

Un paradoxe : une dette faible, mais un risque élevé

Fitch le reconnaît : la dette publique du Cameroun reste relativement faible. Elle est estimée à 42,5 % du PIB à la fin de 2025. C’est moins que beaucoup de pays notés dans la même catégorie. La croissance du PIB reste solide : le FMI projette 3,3 % en 2026. L’inflation devrait refluer à 2,9 %.

Alors pourquoi dégrader la note ? Parce que le problème n’est pas tant le niveau de la dette que la capacité à la refinancer dans de bonnes conditions. Comme le résume Fitch, le défi immédiat du Cameroun concerne moins la taille de sa dette que sa capacité à sécuriser des financements sur un marché où les investisseurs exigent des rendements de plus en plus élevés pour compenser le risque.

Ce que cela change pour le quotidien

La dégradation de la note souveraine n’est pas qu’un sujet pour les salles de marché. Elle a des conséquences concrètes. Un État qui emprunte plus cher doit soit réduire ses dépenses, soit augmenter ses recettes. Dans un pays où les finances publiques sont déjà sous tension, cela peut se traduire par des arbitrages douloureux : moins d’investissements dans les infrastructures, des subventions réduites, des retards de paiement aux fournisseurs.

Les banques de la CEMAC, déjà très exposées à la dette souveraine, pourraient aussi réduire leurs financements à l’économie réelle. Le crédit aux entreprises et aux ménages deviendrait plus rare et plus cher. C’est un cercle vicieux : moins de crédit, moins d’activité, moins de recettes fiscales, et donc plus de besoins de financement pour l’État.

La balle est dans le camp de Yaoundé. Fitch ne demande pas de miracle. L’agence note que la perspective stable reflète des déficits budgétaires étroits, une dette faible et une croissance solide. Mais elle attend des signaux clairs sur la succession présidentielle et sur la gestion des finances publiques. Sans cela, la prochaine étape pourrait être une nouvelle dégradation. Ou, au mieux, un maintien prolongé dans la catégorie spéculative.

Une question, désormais, se pose avec acuité : combien de temps le Cameroun peut-il emprunter à 10 % avant que cela ne pèse trop lourd sur son économie ?


Pourquoi Fitch a dégradé la note du Cameroun ?
Fitch cite deux raisons principales : l’incertitude autour de la succession de Paul Biya et la montée des tensions de financement de l’État, avec des besoins bruts à 7,3 % du PIB en 2026.

Qu’est-ce que cela change concrètement pour le Cameroun ?
Le pays emprunte plus cher. Le rendement de son eurobond 2033 a atteint 10,65 %, un record. Les investisseurs demandent une prime de risque plus élevée.

Le Cameroun est-il en défaut ?
Non. La note B- reste dans la catégorie spéculative, mais le pays continue de rembourser sa dette. Fitch maintient une perspective stable, ce qui signifie qu’une nouvelle dégradation à court terme n’est pas anticipée.

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