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Cameroun, Fête de l'unité nationale: Le bon berger et la brebis égarée ! :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Quotidien Mutations : Bibou Nissack, Juriste D'affaires
  • mercredi 16 mai 2018 11:12:11
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Cameroun, Fête de l'unité nationale: Le bon berger et la brebis égarée ! :: CAMEROON

Cinq jours nous séparent du 20 mai 2018, jour de la 46e célébration annuelle de la ‘’fête de l’Unité’’ camerounaise, dans un contexte sociopolitique paradoxal. Cette anomalie tend d’ailleurs à un usage coutumier, car depuis fin 2016, la famille nationale camerounaise est mal en point, euphémisme attendrissant. 

De cette période à aujourd’hui, les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest sont ébranlées par les secousses d’une crise sociale et politique qui a muté en menace asymétrique terroriste, du fait du zèle récupérateur de milices sécessionnistes paramilitaires profitant d’un certain attentisme de l’exécutif, couplé à ses choix tâtonnants d’alors.

Cette donne vient encore jeter une envahissante ombre discordante sur le tableau pourtant voulu harmonieux et fusionnel du vivre-ensemble camerounais.

En paraphrasant l’adage selon lequel « il n’y a pas d’amour, mais il n’y a que des preuves d’amour », disons qu’il n’y a pas d’unité, mais il n’y a que des preuves d’unité. Force est donc de constater que la
célébration de l’unité dans la désunion s’est désormais nichée au cœur du rituel républicain du 20 mai, puisque les faits ci-dessus cités sont les preuves contraires des assertions aveuglées disant que la
cohésion nationale est au beau fixe, et l’on peut la « fêter » en toute quiétude. Or, si tous les Camerounais sont égaux comme le proclame la Constitution, alors, tous doivent fêter. De même, doivent-ils être tous affligés si deux régions de la patrie le sont particulièrement.

Or, à cet égard, la voix la plus autorisée est celle présidentielle. Et sans aller jusqu’à demander une annulation de la fête, l’on peut quand-même s’étonner des « silences présidentiels » sur les déplacés internes et les réfugiés camerounais désormais établis au Nigeria en fuyant la crise, de même que la compassion active matérielle, voire physique de la nation entière via la personne du président à leur endroit demeure attendue. 

Cela vaut tout autant pour le dialogue national inclusif, excluant néanmoins les partisans de la violence armée et de la sécession, toujours désespérément attendu. Nous allons donc vers une célébration festive frisant l’indécence républicaine, car intervenant dans un contexte pouvant laisser croire au désintérêt et à la négation par un Etat insensible, du malheur de ses propres honnêtes citoyens accablés soudain et pris en otage par une tenaille d’illuminés sécessionnistes et de décideurs réfractaires au dialogue, mais privilégiant la riposte militaire.

Le risque d’escalade et de contagion du conflit s’accentue désormais, scellant ainsi ironiquement le triomphe des ultras et des va-t-en-guerre de tous les camps, niant ainsi un des enseignements de la riposte efficiente contre Boko Haram, à savoir : une étroite reconnaissance et intégration directe des populations dans le dispositif de riposte qui, ici, useraient le canal du dialogue évoqué supra. Faisant ici mémoire de la récente célébration chrétienne de l’ascension et sachant à quel point la parole biblique est au cœur de ceux qui sont au cœur du cœur du pouvoir exécutif, rappelons cette parabole christique du ‘’bon berger’’ qui, ayant constaté qu’une seule brebis du troupeau s’était égarée s’en alla, toutes affaires cessantes, à sa recherche. En l’occurrence, la brebis égarée est en passe d’être abandonnée, et le berger de poursuivre son chemin avec le reste du troupeau. Les ‘’saintes écritures’’ enseignent que cela n’est pas la marque d’un ‘’bon berger’’.

En attendant, croisons les doigts et prions aussi le Seigneur pour qu’aucune voiture ne tombe encore en panne dans le cortège du ‘’berger-présidentiel’’ à l’occasion de la parade du 20 mai au boulevard éponyme, et célébrons dans le recueillement et la sobriété en solidarité avec toutes les victimes (civiles, militaires) et les déplacés de la crise.

16mai
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