CAMEROUN :: Les ravages de la corruption :: CAMEROON

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Sous la signature de Souley Onohiolo, votre journal a ouvert un pan de voile sur le ministère des Finances, la grande caisse de l’Etat qui engrange l’argent et paie les factures. C’est dire toute l’importance de ce ministère et de ceux qui y travaillent, à tous les niveaux.

Làbas, même le planton ou vigile est tout puissant. Il peut vous faire voir de toutes les couleurs si vous avez un dossier par là. Il est à même de faire glisser votre dossier à travers les boucles les plus serrées de ce labyrinthe. Il est là comme Pierre au paradis.

Sauf que là, la vertu et la piété ne font pas partie des moeurs. Pour grand que tu sois, au ministère des Finances, tu deviens tout petit, à la merci du petit bonhomme qui « tient ta vie entre ses mains » à travers ton dossier. Plus que tous les autres départements ministériels, celui des Finances et celui de la Fonction publique et de la réforme administrative drainent le plus de monde. Ce sont ceux qui gèrent l’entrée au service de l’Etat ou la sortie pour le second ou la solde des fonctionnaires, la pension des retraités, pour le premier.

Pour faire circuler ces dossiers, il ne faut pas seulement s’armer de patience, mais surtout se montrer « souple, compréhensif et généreux » c'est-à-dire assouplir tous les maillons de la longue chaine des plantons, vigiles et autres intermédiaires qui sont en réalité les hommes et femmes de main des chefs. C’est dire qu’à chaque étape, tu dois laisser un peu de cet argent après lequel tu cours. Lorsque prenant un cas bien précis, notre collègue écrit que le ministère des Finances est le fief « des retenus prélèvements, retrocommissions, pourcentages avant tout traitement de dossier », c’est une réalité à laquelle personne n’échappe.

Cela fait  grincer les dents, hurler, aboyer, dans un contexte de lutte contre la corruption, sans rien changer à la donne. A la Conac, on dit être bien au courant de ce « phénomène du reste très compliqué ». Comme pour justifier l’incompétence et les limites de cet organe, cet autre machin de Paul Biya pour montrer patte blanche qui « n’a pas suffisamment de personnes pour traquer chaque fonctionnaire » selon ceux qui président à ses destinées.

La situation décrite par Souley Onohiolo laisse voir une « fosse commune » des dossiers entassés dans les couloirs du ministère. Ce sont pourtant des dossiers supposés « perdus » qui ont coûté de l’argent à leurs propriétaires. Vaincus par le découragement, ces derniers ont dû abandonner la partie s’ils ne sont pas en train d’en constituer un autre, exposé au même sort. Souvent aussi l’argent est intercepté dans le circuit et détourné par les fonctionnaires. La victime ira se plaindre chez qui ? Il ne lui reste que la mort par accident vasculo-cérébral (Avc).

Voilà comment se constituent les fortunes colossales des serviteurs de l’Etat. On trouve néanmoins des Camerounais pour défendre ces criminels qui, non seulement ont pillé les caisses de l’Etat, mais ont spolié ou spolient de nombreux compatriotes. Le Cameroun dispose pourtant d’un arsenal juridique qui aurait pû décourager les pratiques corruptogènes dans l’administration. Avec la Conac, il y a l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) et le Conseil supérieur de l’Etat. Quid de l’article 66 de la constitution ?

Il semble que pour se mettre à l’abri des poursuites et de la prison, on s’active dans le Rdpc, surtout dans ses activités villageoises. Une façon d’entretenir la maffia locale dont les membres se tiennent et prennent le soin de multiplier les motions de soutien et de déférence pour que Paul Biya s’éternise au pouvoir.

Ainsi, sous la couverture du Rdpc, parti au pouvoir, les fonctionnaires camerounais rivalisent de vélocité dans une course effrénée à la richesse sans commune mesure avec leurs revenus réels. L’argent de la corruption et de la prévarication est un engrais qui fait pousser des immeubles et des palaces légendaires dans les grandes villes, voire dans les campagnes, au milieu de la misère la plus abjecte.

Parlant récemment du « Penelopegate » avec une amie française, elle m’a laissé entendre que les fonctionnaires camerounais sont plus riches que les hommes politiques de son pays. Et d’ajouter qu’en comparant le niveau de développent de nos deux pays, ce que les fonctionnaires et les hommes politiques camerounais enterrent dans la luxure n’a aucune commune mesure avec les besoins de leurs pays qui manque cruellement d’infrastructures, d’équipements collectifs de base.

Ce qui ne fait qu’élargir et approfondir la fracture sociale de plus en plus criante. En début de cette semaine, le ministre des Marchés publics laissait entendre que plus de 380 projets d’infrastructures étaient à l’abandon. C’est bien une fois de plus que l’argent de l’Etat a été confié à des copains et coquins ou encore pour des affinités partisanes ou familiales et qu’on ne peut livrer à la rigueur de la justice. Ou encore combien ont pu obtenir ces marchés moyennant les dessous de tables ?

Il ne leur arrivera rien parce qu’ils appartiennent au système « za ke di » (allons manger). Le plus curieux chez ces nouveaux riches, c’est qu’ils ne descendent pas de familles fortunées comme celles des Ndongo Essomba, Soppo Priso, Kadji Defosso, Ebobo et autres Fotso Victor. Ils sont des rejetons de paysans, de fonctionnaires dont les plus « riches » n’avaient juste que leur modeste demeure en ville, peut-être au village aussi. Depuis les années 60, la fonction publique est devenue un tremplin vers la politique. Voilà que ces profito-situationnistes sont désormais des nababs s’enrichissant du sang et de la sueur des autres. En toute impunité !

© Source : Le Messager : Jacques Doo Bell

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