Mal gouvernance : Le SNTRC et le BGFT sous administration provisoire
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Dans une procédure judiciaire engagée par El Adj Moussa et autres, le tribunal de première instance de Yaoundé, en date 6 mars 2015, suspendait l’honorable de ses fonctions de Président National du SNTRC en nommant comme administrateur provisoire l’expert financier Mokala Vincent de Paul. Pareillement, le Premier Ministre chef du gouvernement mettait en suspension les fonctions d’El Adj Oumarou le 15 Avril 2015 comme coordonnateur des activités du bureau de gestion du fret terrestre en mettant en place une commission qui a six mois pour rendre ses conclusions. Vers la descente aux enfers de deux personnalités qui ont, pendant plus de vingt six années foutu le bordel dans la gestion du transport routier au Cameroun. Les portes de la prison ne sont pas loin de ses personnalités, au moment ou un administrateur séquestre est annoncé au BGFT.

La Justice Camerounaise et le gouvernement de la République sont rentrés depuis bien des années, à travers des organismes bien connus dans une phase de réhabilitation de l’image de marque du Cameroun et la consolidation d’un Etat de droit.

Le syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun est malade. Très malade de son fonctionnement, malade du respect des textes statutaires, malade de l’harmonisation et de l’animation de ses organes décentralisés. Le cas du fonctionnement de l’antenne régionale pour le Littoral est illustratif et démontre pour le prouver que le Président National et ses suppôts étaient prêts à tous pour broyer quiconque se mettait au travers de leurs intérêts. Au moment même ou le mandat du bureau régional pour le Littoral courait encore, qu’est ce qui avait motivé l’honorable Président Simé Pierre à abroger ce mandat en violation des textes pour organiser une élection où il mettait hors jeu la majorité des transporteurs professionnels et reconnus depuis plus de 25 ans ? , l’honorable Sime Pierre qui trônait en maitre absolu depuis près de 30 ans dictait ses lois au détriment des statuts et du règlement intérieur.  La dernière élection régionale vient une fois de plus prouver  que c’est la loi de la force qui était usitée au détriment de la force de la loi.

La justice fait son travail

Suite aux différentes forfaitures liées à la gestion du syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun par Pierre Simé et ses lieutenants, un plainte avait été introduite auprès du tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif. Dans une ordonnance N°140/C du 06 Mars 2015, l’audience des référés heure à heure et du contentieux de l’exécution le juge décide : « … Nous, Juge, statuant publiquement contradictoirement à l’égard des parties, en matière civile et de référé et en premier ressort ; Au principal, renvoyons les partie à mieux se pouvoir, mais dis à présent, vu l’urgence ; Recevons les requérants en leur demande et les y disons fondés ; Désignons comme Administrateur provisoire du syndicat National des transports routiers du Cameroun, ce jusqu'à l’issue de la procédure pendante au fond Monsieur Mokala Vincent de Paul, Expert agrée auprès de la cour d’appel et les tribunaux du Centre BP 5006 Ydé, Tel 222228873, 699 99 57 68 ; Disons que sa rémunération sera taxée sur sa requête par ordonnance du Président du Tribunal de séans à l’issue de sa mission et qu’elle sera supportée par le syndicat ; Disons notre ordonnance exécutoire par provision, sur minute et avant enregistrement. 14 Octobre 2014 pour la violation de la loi ; Condamnons le défendeur aux dépens… »

Pour mieux comprendre la genèse de cette affaire, il est judicieux de noter que le 27 Août 2014, le président Sime Pierre convoquait un congrès en lieu et place d’une réunion ou il était question de discuter sur l’augmentation des prix du Carburant. Ce hold-up qui n’obéissait à aucune règle statutaire et qui avait l’onction de certains affidés a suivi une autre démarche qui consistait à rencontrer le Président Régional pour le Littoral, Aladji Sali Moussa pour lui faire part de l’organisation anticipées des élections des membres du bureau régional. Il est pourtant clair, et selon les textes qu’au terme d’un mandat, c’est le bureau régional qui organise les élections sous la coordination du bureau national (Art 23, 24,25). Mais seulement, en violation de ces textes, le président régional, selon certaines sources, déroulera les préalables pour une succession sans heurt. Mais avant tout, demandera qu’il soit tenu une séance de travail qui retracera les contours de l’organisation pour une traçabilité de la gestion.

Dans une posture de parrain qui n’a de compte à ne rendre à personne, Pierre Sime reviendra cette fois, deux jours après par courrier officielle adressé au président régional l’informant de la tenue des élections. Cette fois, il sera demandé au président Sime Pierre de mettre à disposition les cartes de membres indisponibles depuis deux années ; le remboursement du solde des cotisations détenues par le bureau national ; de procéder à un audit des comptes du syndicat régional. L’honorable, conscient du fait qu’il ne pouvait apporter aucune réponse crédible à cette démarche, se démarquera dans le dilatoire. Toutes les autorités régionales ont été saisies dans le cadre de cette affaire et aucune voie consensuelle ne s’est dégagée des discussions tenues dans les bureaux du Préfet du Wouri.

Après la rixe constatée lors de la réunion tenue chez le préfet, et ou les deux parties ne sont pas arrivées à s’entendre, il était à cet effet nécessaire pour l’autorité de prendre toutes les mesures pour encadrer cette élection dite illégale et dont les nouveaux membres seraient illégitimes.  Il faut noter ici qu’un transporteur, le nommé Abdoulaye, avait précisé au Préfet Paul Naseri Bea : «Nous ne voulons pas l’annulation des élections, mais des élections transparentes. D’abord on fait l’audite, ensuite on organise les élections transparentes. Ce n’est pas à Pierre Sime de convoquer l’élection. Il veut installer son frère Raymond Moungang à la tête du syndicat. Nous sommes prêts à nous sacrifier pour notre travail. Si les élections se tiennent demain, nous ne vous garantissons rien.». « Vous savez qu’aucun crime n’est parfait. Et une fois encore, ils ont fait preuve d’illégalité en cassant à main armée les portes du bureau régional du syndicat alors qu’il aurait pu attendre la passation de service normale. Mus sans doute par le sentiment d’impunité, et croyant bénéficier du soutien de l’administration, ils multiplient des voies de fait… Nous comptons suivre toutes les voies de recours prévues par la règlementation en vigueur même si nous connaissons la collusion de certains maillons de l’administration publique avec les auteurs de cette mascarade. En tout cas, nous avons foi en la justice camerounaise qui dira le droit et rien que le droit dans cette affaire ». Laissait  entendre Adamou Baba transporteur depuis plus de 18 ans.

Il faut  souligner ici qu’une plainte en bonne et du forme avait aussi été introduite auprès du tribunal de première instance de Yaoundé pour restaurer le droit et en même temps au tribunal de première instance de Douala Bonanjo, plainte qui a abouti à la saisie conservatoire des comptes du bureau de gestion du fret terrestre qui a un lourd passif à régler au syndicat régional. Si la première décision de justice met aujourd’hui hors jeu l’honorable Simé Pierre à la présidence du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun (SNTRC), El Adj Oumarou à connu le même sort en étant dessaisi de sa fonction de coordonnateur des activités du bureau de gestion du fret terrestre suspensu par le premier ministre chef du gouvernement.

La descente aux enfers d’El Adj Oumarou

La feymania est depuis la création du bureau de gestion du fret terrestre le maitre mot qui a guidé le fonctionnement de cette institution qui devrait connaître une implication rigoureuse du gouvernement. Tout porte à croire que le BGFT est une institution à part qui a une prédominance sur l’Etat, donc, qui peut faire tout ce qu’il veut du moment que cela arrange leurs intérêts. A la lecture du rapport de la CONAC sur la corrélation qui existe entre le Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun SNTR et le bureau de gestion du fret terrestre BGFT, il ressort que deux personnes, qui ne sont autres que l’honorable Simé Pierre et El Adj Oumarou, avec des complicités en haut lieu, depuis prêt d’une trentaine d’années, entretiennent un vaste réseau de corruption à ciel ouvert, et en violation de tous les textes qui organisent le secteur des transports routiers.   C’est fort de ces constats flagrants que le rapport souligne que : « Au stade actuel des investigations, les irrégularités relevées par la CONAC ont trait à la création, à l’organisation, au fonctionnement et à l’exécution des missions du BGFT ». Le rapport mentionne que « C’est le lieu de rappeler qu’une bonne gouvernance implique la prise périodique des mesures de nature à redresser et orienter toute structure en vue de la production de bons résultats ; ceci n’est possible qu’à travers la tenue régulière de réunions au cours desquelles on programme, planifie, établit les objectifs à atteindre et élabore les politiques pour la mise en œuvre des plans arrêtés. Aussi, le Comité de Coordination de la CONAC, face à la gestion désastreuse du BGFT, a-t-il créé une commission d’enquête pour faire l’audit administratif et financier de cette structure. Les travaux de ladite commission d’enquête sont en cours et seront rendus publics dans le rapport 2013 de la CONAC sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun ».
 
Finie la récréation…
 
Il ne fait plus aucun doute que l’Honorable Pierre Sime et son acolyte El Adj  Oumarou aujourd’hui aux aguets, vont devoir rendre gorge de l’utilisation des milliards pris dans le transport routier. Le scandale va éclater à la figure d’un Honorable de la République qui se voulait irréprochable.

Le BGFT est décidément un Etat dans l’Etat. Dans la maffia sicilienne, on joue de corruption pour ne pas avoir à tout déclarer au fisc. Mais avec le BGFT, Sime Pierre et Oumarou, jouent à être plus puissants que l’Etat. Ils collectent l’argent des transporteurs routiers qu’ils sont censés reverser au Trésor public, cet argent n’est jamais reversé.  Plus dangereusement encore, ils ne se contentent pas de prélever les 500 francs décidés et homologués par tonne effectivement transportée, ils ont carrément créé une sorte de régie financière très spéciale autour d’une parafiscalité que personne n’a jamais autorisée, même pas le président de la République lui-même.
                   
L’histoire commence en décembre 2014, lorsque le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo est saisi d’une plainte du Bureau régional des transporteurs routiers du Cameroun.  Dans la plainte signée de El Hadj Sali Moussa, président de ce Bureau régional, il est exposé que le BGFT avait bien commencé à verser les redevances dues au bureau régional. Mais que, curieusement, dès octobre 2014, le BGFT avait curieusement et sans explication fermé le robinet. A la date de la plainte, le manque à gagner n’est encore évalué qu’à la somme de 23 millions de francs, représentant les montants des redevances non reversées depuis  octobre 2014.

Cet oubli de Pierre Simé va ouvrir la boîte de pandore et permettre de remonter les milliards distraits à l’aide de la caisse noire instituée au BGFT.  Par la suite, alors que le procès est déjà instruit, on s’aperçoit qu’en fait de redevances non reversées, il n’est pas question que de 23 millions. On remonte à 2012 et on commence à avoir le tournis. Les états récapitulatifs des paiements syndicaux non reversés depuis septembre 2012 établissent que la caisse noire de l’Honorable Simé a englouti pas moins que 377,9 millions, de l’argent qui aurait dû être reversé au bureau régional du Littoral. Les services techniques du syndicat régional retournent au travail et l’approfondissent plus loin. Cette fois, on passe en revue les sommations sur quatorze ans de redevances non reversées. Cette fois, on a le vertige. Il apparaît que si au 30 septembre 2014, l’ardoise ne s’élevait qu’à 377 millions, entre la période 1998-2012, plus de trois milliards et demi sont passés à la trappe.

Cette plainte auprès du tribunal de première instance va suivre son cours et va donner lieu à une ordonnance de saisie conservatoire. Un huissier de justice de Douala est chargé de la faire exécuter. Il est ordonné une saisie de tous les avoirs du BGFT auprès de plus de dix banques et d’une demi-dizaine de sociétés. Mains contre toute attente, les responsables du Bureau régional du syndicat s’aperçoivent que les comptes bancaires du BGFT sont vides.

S’ils sont vides, c’est bien que quelqu’un a dû les vider. On prétexte que, pour les besoins de la campagne pour l’élection des responsables du syndicat, on a eu besoin de beaucoup d’argent. On comprend alors pourquoi l’Honorable Pierre Simé pouvait plastronner devant ses camarades et faire la nique au Préfet pour les millions qu’il aurait déboursés pour ces élections. Des observateurs ont cependant une autre idée. Le BGFT s’est décliné de deux manières. Dans ce cas, les comptes du Bureau de Gestiondu Fret Terrestre ne sont pas ceux du Bureau Général du Fret Central. La confusion est installée au sommet de la Présidence, à plus forte raison au niveau des banques commerciales.
 
Voyous en cavale

Mais le mensonge n’est jamais parfait. Pierre Simé a peut-être vidé les caisses et les comptes pour avoir de l’argent à distribuer à l’occasion des élections. On sait qu’il avait besoin d’un peu plus pour arroser la police qui va avoir la matraque facile et dure même sur des dames qui ne sont pas assez dociles pour chanter les louanges de l’Honorable.
L’escroquerie dure depuis plus de vingt ans. Au cours de ces vingt années, l’Honorable (qui a fini par ne plus rien avoir d’honorable !) a saigné l’Etat de pas moins de 30 milliards, sans compter au bas mot cinq milliards non reversés aux bureaux régionaux des syndicats des transporteurs. On l’a laissé faire depuis vingt ans, le temps qu’il faut pour se constituer un redoutable trésor de guerre.

Mais la récréation est définitivement terminée. Avec ces rapports accablants de la Conac et toutes ces plaintes qui pleuvent de toutes parts. A la seule évaluation, le bureau régional du Littoral seul revendique près de quatre milliards. A cette somme, il faudrait ajouter les recettes statutaires perçues depuis plus de vingt ans par le bureau, la commission calculée sur la base de 500 francs par tonne de marchandise réellement transportée, la commission d’information de 500 francs par voyage, la commission du réseau de communication pour un montant de 2000 francs par voyage, alors que ce réseau de communication n’a jamais existé.

On relève aussi que, à raison de 500 francs la tonne, les camions de trente tonnes ne devraient pas acquitter plus de 18 500 francs par transport. Mais on s’est curieusement retrouvé avec des montants de 200 mille francs exigés par voyage au transporteur. Une partie de ces sommes recouvrées auraient dû être reversées au Trésor public, mais à ce jour, il n’existe aucune trace d’un quelconque reversement du moindre centime dans les caisses de l’Etat. Au total, le BGFT devra rendre gorge de pas moins que 30 milliards de francs, à une première estimation. En attendant que des enquêtes plus poussées établissent les montants dont les transporteurs ont été spoliés avec la fantaisie des lettres de voiture à deux cent mille francs. Un montant qui n’a été homologué ni par le ministère des Transports, ni par le ministère des Finances, et surtout pas par l’Assemblée nationale. Personne ne dira que les sommes censées être reversées au Trésor public ont un jour figuré dans les colonnes des chiffres de la loi de finances.
 
Au regard de tous ces manquements constatés, le premier ministre chef du gouvernement a décidé de remettre de l’ordre. Une décision qui met en place un groupe de travail inter ministériel et élargie aux acteurs du secteur qui devra donner toute la lisibilité nécessaire qui a gouverné cette institution depuis bientôt trente années.

© L'Equation : Richard Bondol

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